Inventai dunque una me stessa che voleva un'aggiunta al mondo J'inventai donc une autre moi-même qui voulait un ajout au monde
Anna Maria Ortese

Silvia Ricci Lempen, écrivaine, scrittrice

J’écris. J’ai écrit, j’écris, j’écrirai. Je raconte des histoires. Je me bagarre avec les idées. J’écrivais, je suis en train d’écrire, j’aurai écrit.
Scrivo. Ho scritto, scrivo, scriverò. Racconto storie. Mi accapiglio con le idee. Scrivevo, sto scrivendo, avrò scritto.

Les Rêves d’Anna / I sogni di Anna

Editions d’En Bas, 2019

Les Rêves d’Anna

Ce roman, qui sort en avril 2019 en version française et paraîtra à l’automne en version italienne, est l’aboutissement d’un projet bilingue pas comme les autres, distingué en 2015 par une bourse d’écriture de la Fondation suisse pour la culture Pro Helvetia.  Il consiste en effet en deux versions originales, dont aucune n’est la traduction de l’autre, et qui présentent entre elles des différences reflétant la spécificité de leurs univers linguistiques et culturels respectifs. Les deux versions ont été écrites en parallèle, sur une durée de plus de cinq ans.

En mars 2012, Federica, titulaire d’un bachelor sans lustre en économie d’entreprise et antihéroïne postmoderne, quitte Rome et son ambiance empuantie par le berlusconisme. Tournant le dos à un amoureux macho et prétentieux et aux petits boulots minables, elle s’envole presque au hasard pour Glasgow – après, on verra bien. Elle a un futur, difficile à prédire, mais elle a aussi un long passé ; car comme celui de nous toutes et tous, son passé dure depuis plus longtemps que sa vie. Ce n’est pas une question de gènes, mais de transmission.

J’aimerais savoir, écrit-elle à Sabine, qui a suivi à Rome son mari italien, s’il t’arrive encore de penser à Moritz. Moritz à la conscience pure, adultère malheureux. C’était à Lausanne, plus de vingt ans en arrière, quand Sabine était une jeune théologienne protestante qui voulait changer les paroles des cantiques, pour effacer la masculinité de Dieu.

Je vais vous raconter, dit à Sabine Gabrielle, la femme légitime et gelée de Moritz, l’horreur que c’était d’être amoureuse d’une fille, dans les années soixante, dans la province française. C’est beau, le Poitou-Charentes, sur le Marais poitevin les barques à fond plat glissent en clapotant sur l’eau, et l’inscription je t’aimerai toujours est encore gravée sur la Lanterne des Morts.

A Genève, maintenant : Clara joue du tambour pour rappeler Gabrielle du côté de la vie. Et encore en arrière, les années trente de sang et de plomb. L’armée tire sur la foule, et ce jour-là Clara découvre que les anges gardiens existent pour de vrai.  

Ils ont vécu la Grande Guerre, Raffaele dans le Trentin, dans un village coupé en deux par la ligne de front, Anna dans la bourgade de Carpineto au sud de Rome, où on ne savait pas à quoi ressemblait un Autrichien. Ils sont partis ensemble à Genève pour sauver le monde et ils ont sauvé Clara, ce qui est déjà beaucoup. Raconte-moi les rêves que tu fais quand tu dors, demande Clara à Anna, qui a une vie nocturne fabuleuse. Apporte-moi cette boîte, je vais t’en lire quelques-uns.

Et là on s’arrête, ce n’est pas une boucle et elle ne se boucle pas.


I sogni di Anna

La versione italiana di questo romanzo uscirà entro il 2019, portando così a termine un progetto bilingue assai particolare, premiato nel 2015 con una borsa di scrittura dalla Fondazione svizzera per la cultura Pro Helvetia : scrivere lo stesso romanzo in due versioni originali, di cui nessuna delle due è la traduzione dell’altra – anzi, due versioni diverse quanto necessario per corrispondere ai rispettivi universi linguistici e culturali. Le due versioni sono state scritte in parallelo, su una durata di più di cinque anni.

Marzo 2012, ecco qui Federica, antieroina postmoderna ed ex-studentessa a Roma Tre, con un’inutile laurea breve in economia aziendale. Più di trecento euro al mese non riesce a guadagnare, il fidanzato è uno che meglio perderlo che trovarlo e nell’aria di Roma c’è sempre il tanfo del berlusconismo ; allora parte quasi a casaccio per Glasgow, poi si vedrà. Federica ha un futuro, difficile da prevedere, ma anche un lungo passato, più lungo dei suoi anni, come lo abbiamo tutte e tutti noi. Non è questione di genetica, ma di trasmissione.

Vorrei sapere, scrive Federica a Sabine, che ha seguito a Roma il marito italiano, se ti capita ancora di pensare a Moritz. Il limpidissimo Moritz, adultero infelice. Una storia di più di vent’anni prima, a Losanna, quando Sabine, giovane teologa protestante, voleva cambiare le parole dei canti di chiesa, per farla finita con quel Dio testardamente maschio.

Ti voglio raccontare un incubo, dice a Sabine Gabrielle, la moglie legittima e congelata di Moritz : cosa significava, negli anni sessanta, in un angolo della provincia francese, tentare di vivere un amore fra ragazze. Ē bella quella regione del Poitou-Charentes, le barche a fondo piatto scivolano frusciando sui canali assopiti del Marais Poitevin, e l’iscrizione ti amerò per sempre sta ancora incisa nella Lanterna dei Morti.

 A Ginevra, adesso : Clara suona il tamburo per riportare Gabrielle dalla parte della vita. E ancora indietro, gli anni trenta di sangue e di piombo. L’esercito spara sulla folla e quel giorno Clara scopre che gli angeli custodi esistono davvero.  

Hanno vissuto la Grande Guerra, Raffaele nel Trentino, in un paesino tagliato in due dalla linea di fronte, Anna a Carpineto romano, dove non si è mai visto un austriaco. Sono partiti per Ginevra insieme, con l’ambizione di salvare il mondo, e lì salvano Clara, il che già non è male. Raccontami i sogni che fai quando dormi, chiede Clara ad Anna, che ha una vita notturna favolosa. Portami quella scatola, te ne leggo qualcuno.

E qui ci fermiamo, perché non è un cerchio, e non si chiude.