Les humoristes, les femmes et la petite chaumière
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29.10.09
J’écoutais l’autre jour, à 7h.15, sur RSR La Première, la chronique satirique de l’excellent Pascal Bernheim. Il y était question des cent mille femmes qui avaient déjà signé un manifeste contre le machisme caractérisé du régime berlusconien. Le thème était traité sur le mode d’un pastiche du Don Giovanni: «E in Italia son già centomila». Grâce au talent du chroniqueur-chanteur, c’était assez drôle, mais moi qui adore rire des féministes (j’en suis une), je suis restée un peu sur ma faim.
Le grand art, en matière de satire, c’est d’arriver à faire rire le public (et si ça se trouve, même les principaux ou les principales intéressé-e-s) en grossissant les imperfections et les faiblesses que les gens ont, et pas celles qu’ils n’ont pas. Avec les féministes, il y aurait de quoi faire, parole de connaisseuse. Or, en l’occurrence, le pastiche, rigolo en soi, tombait à côté de la plaque, vu que les signataires du manifeste, loin de murmurer à l’oreille de l’étalon Silvio «Vorrei e non vorrei» lui signifient clairement (quoique en termes plus choisis) «Non ti voglio, str…». Le rapport entre le ressort comique utilisé et le sujet traité paraissait gratuit, on s’amusait, mais sans savoir ni de quoi ni pourquoi. Peu efficace.
Disons-le tout net, nous avons en Suisse romande toute une batterie d’ humoristes et de satiristes de qualité, mais quand il s’agit de brocarder les femmes (qu’il est salutaire de brocarder, comme n’importe quel groupe de la population) ces messieurs en général perdent leurs moyens et régressent au stade de la blonde idiote, qui ne fait plus rire personne depuis au moins cinquante ans. Mais qu’est-ce qui vous arrive, mes chéris ? Vous si habiles à saisir les travers de l’époque sur n’importe quel sujet d’actualité, vous calez lamentablement en matière de différence des sexes. Vous devenez comme des gamins qui, invités à dessiner «ma maison», produisent une chaumière à cheminée fumante alors qu’ils habitent dans un immeuble de douze étages.
L’exemple le plus flagrant est celui de «La Soupe», émission satirique réussie s’il en est, mais où la tension comique chute dramatiquement dès qu’entrent en scène la poussiéreuse infirmière nymphomane ou la bobonne à cervelle d’oiselle laborieusement enfantées par ces brillants esprits. Dommage que Michèle Durand-Vallade ne vienne pas plus souvent nous faire nous tordre les côtes avec sa très subtile Marie-Bénédicte. N’y a-t-il que les humoristes femmes pous savoir en quoi les femmes réelles d’aujourd’hui prêtent vraiment le flanc à la caricature ?
Peut-être pas, mais en tout cas les humoristes hommes devraient faire un sérieux effort de recyclage. Un tuyau : lisez Eric Zemmour. Cet affreux misogyne, au moins, sait porter le fer dans la plaie, en montrant comment les femmes sont toujours en retard d’une guerre dans leur course à l’égalité : «Les femmes conduisent quand la vitesse est limitée ; elles fument quand le tabac tue ; elles obtiennent la parité quand la politique ne sert plus à grand-chose ; elles votent à guche quand la Révolution est finie ; elles deviennent un argument de marketing littéraire quand la littérature se meurt.» A la bonne heure, voilà de la vraie matière comique !
On se réjouit de voir si et comment le futur journal satirique Vigousse va relever le défi sur ce chapitre.
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