Inventai dunque una me stessa che voleva un'aggiunta al mondo J'inventai donc une autre moi-même qui voulait un ajout au monde
Anna Maria Ortese

Silvia Ricci Lempen, écrivaine, scrittrice

J’écris. J’ai écrit, j’écris, j’écrirai. Je raconte des histoires. Je me bagarre avec les idées. J’écrivais, je suis en train d’écrire, j’aurai écrit.
Scrivo. Ho scritto, scrivo, scriverò. Racconto storie. Mi accapiglio con le idee. Scrivevo, sto scrivendo, avrò scritto.

Un secolo a ritroso / Un siècle à l’envers

Un secolo a ritroso (questo non è un cerchio)
(e nemmeno un titolo)

Questo romanzo in corso di stesura è stato scelto dalla Pro Helvetia, Fondazione svizzera per la cultura, per una delle sue borse di scrittura 2015. Lo sto scrivendo simultaneamente in italiano e in francese, e se tutto va bene dovrebbe uscire nelle due lingue nel 2018.

Marzo 2012, ecco qui Federica, antieroina postmoderna ed ex-studentessa a Roma Tre, con un’inutile laurea breve in economia aziendale. Più di trecento euro al mese non riesce a guadagnare, il fidanzato è uno che meglio perderlo che trovarlo e nell’aria di Roma c’è sempre il tanfo del berlusconismo ; allora parte quasi a casaccio per Glasgow, poi si vedrà. Federica ha un futuro, difficile da prevedere, ma anche un lungo passato, più lungo dei suoi anni, come lo abbiamo tutte e tutti noi. Non è questione di genetica, ma di trasmissione.

Vorrei sapere, scrive Federica a Sabine, che ha seguito a Roma il marito italiano, se ti capita ancora di pensare a Moritz. Il limpidissimo Moritz, adultero infelice. Una storia di più di vent’anni prima, a Losanna, quando Sabine, giovane teologa protestante, voleva cambiare le parole dei canti di chiesa, per farla finita con quel Dio testardamente maschio. Ti voglio raccontare un incubo, dice a Sabine Gabrielle, la moglie legittima e congelata di Moritz : cosa significava, negli anni sessanta, in un angolo della provincia francese, tentare di vivere un amore fra ragazze. Ē bella quella regione del Poitou-Charentes, le barche a fondo piatto scivolano frusciando sui canali assopiti del Marais Poitevin, e l’iscrizione ti amerò per sempre sta ancora incisa nella Lanterna dei Morti. A Ginevra, adesso : Clara suona il tamburo per riportare Gabrielle dalla parte della vita. E ancora indietro, gli anni trenta di sangue e di piombo. Come si fa per salvare i vivi, chiede Clara ad Anna e Raffaele, gli innamorati felici emigrati dall’Italia. Raffaele risponde che lui li prende uno per uno. Anna racconta che a Carpineto romano, durante la Prima guerra mondiale, lei organizzava la spedizione dei pacchi verso il fronte. E qui ci fermiamo, perché non è un cerchio, e non si chiude.


Un siècle à l’envers (ceci n’est pas une boucle)
(et pas non plus un titre)

Ce roman en cours de rédaction a été sélectionné par la Fondation suisse pour la culture Pro Helvetia pour une de ses bourses d’écriture 2015. Je suis en train de l’écrire simultanément en français et en italien et sa parution dans les deux langues est prévue (si tout va bien) en 2018.

En mars 2012, Federica, titulaire d’un bachelor sans lustre en économie d’entreprise et antihéroïne postmoderne, quitte Rome et son ambiance empuantie par le berlusconisme. Tournant le dos à un amoureux très défectueux et aux petits boulots minables, elle s’envole presque au hasard pour Glasgow – après, on verra bien. Elle a un futur, difficile à prédire, mais elle a aussi un long passé ; car comme celui de nous toutes et tous, son passé dure depuis plus longtemps que sa vie. Ce n’est pas une question de gènes, mais de transmission.

J’aimerais savoir, écrit-elle à Sabine, qui a suivi à Rome son mari italien, s’il t’arrive encore de penser à Moritz. Moritz à la conscience pure, adultère malheureux. C’était à Lausanne, plus de vingt ans en arrière, quand Sabine était une jeune théologienne protestante qui voulait changer les paroles des cantiques, pour effacer la masculinité de Dieu. Je vais vous raconter, dit à Sabine Gabrielle, la femme légitime et gelée de Moritz, l’horreur que c’était d’être amoureuse d’une fille, dans les années soixante, dans la province française. C’est beau, le Poitou-Charentes, sur le Marais poitevin les barques à fond plat glissent en clapotant sur l’eau, et l’inscription je t’aimerai toujours est encore gravée sur la Lanterne des Morts. A Genève, maintenant : Clara joue du tambour pour rappeler Gabrielle du côté de la vie. Et encore en arrière, les années trente de sang et de plomb. Comment on fait, pour sauver les vivants ? demande Clara à Anna et Raffaele, les amoureux heureux émigrés d’Italie. Raffaele répond qu’il les prend un par un. Anna raconte que pendant la Grande Guerre, dans la bourgade de Carpineto, au sud de Rome, elle organisait les envois de colis au front. Et là on s’arrête, ce n’est pas une boucle et elle ne se boucle pas.